Bon, plus que deux semaines et je serai en train de faire la queue devant les bureaux d’immigration à l’aéroport de Montréal. Ça donne une sensation assez bizarre comme un déjà-vu mais 25 ans après.
En effet, en novembre 1984, ma mère et moi faisions déjà la queue lors de notre descente du porte conteneur « Le chevalier Valbelle », au bureau d’immigration de Hong-Kong. Le cargo français nous avait recueillis parmi 83 autres personnes présentes sur un petit bateau de 3 mètres sur 12 mètres et dont le moteur avait rendu l’âme au bout de trois jours. Et durant les 17 jours qui ont suivi, nous avions navigué selon les courants en perdant en route 5 personnes et en croisant une bonne centaine de cargos dans la mer de Chine avant d’en voir un s’arrêter : ce ne fut pas un chevalier sur son cheval blanc mais une énorme masse d’acier rouge.
J’avais 10 ans mais je m’en souviens comme si c’était hier.
Cette fois-ci, c’est complètement différent. L’enjeu n’est plus aussi important et la question de vie ou de mort n’est pas d’actualité. C’est ce qu’on appelle « l’immigration choisie » !
En fait, j’ai été choqué par le récit sur les immigrants Africains que j’ai lu il y a quelques jours, et qui m’a replongé dans les années 80 : « 75 Africains meurent de faim en traversant la Méditerranée », un article sur le site de l’Express.fr. En un quart de siècle rien n’a changé, juste le lieu de départ et la couleur de peau des immigrants. D’autant plus que ces immigrants risquent de devoir rentrer chez eux en charter !
Alors que moi, je vais arriver par Air France, passer la douane et l’immigration avec mon visa et même en profiter pour visiter le pays et de rentrer en France après, pour y revenir m’y installer plus tard. Cette fois-ci c’est moi qui choisis ma date d’arrivée.
C’est quand même un sentiment très étrange qui remet en question certains fondements et qui relativise l’importance que l’on peut accorder à une chose ou à une autre. Selon son pays de naissance, sa couleur de peau, sa capacité intellectuelle ou l’époque dans laquelle on vit, on a le choix ou on ne l’a pas. Juste une question d’être présent au bon endroit au bon moment, c’est assez effrayant !
J’ai fait partie des « boat people » et aujourd’hui je suis un immigrant « choisi », quelle ironie !
Voilà, juste un petit « coup de gueule » passager pour me défouler avant de passer à la paperasse nécessaire pour arriver au Québec.
Photo du porte conteneur © Collection French Lines
Paris - France - 31 août 2009
Mon premier livre de photographies en co-signature avec Alain Gravelet, paru aux Editions Poonaï en novembre 2008.
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Roman d’Alain Gravelet, paru aux Editions Poonaï en novembre 2008.
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